Par un matin glacé où tout semblait figer, même les passants qui avançaient au ralenti, une jeune femme faisait tout pour éviter de se casser une jambe. Le givre avait étendu ses longs doigts blancs sur toute la ville, obligeant ainsi travailleurs et écoliers à ralentir le pas. Tous faisaient attention aux petites plaques de glace qui cachaient en fait une eau glacée tapie sous une fine pellicule scintillante. Le ciel d'un bleu limpide donnait à Hummingbird City une atmosphère irréelle, on se croirait dans une autre dimension.
«Putain de merde !» La fine pellicule de glace sur laquelle la jeune femme, pas si prudente que ça, avait posé le pied s'était rompu. Ce cri du c½ur sorti les passants de leur torpeur et ils se retournaient sur cette petite brune pétillante qui n'en finissait pas avec ses grossièretés à faire rougir n'importe quel marin. Celle-ci ne semblait pas consciente d'attirer l'attention sur elle : la seule chose présente à son esprit est que cette journée lui semblerait longue, très longue. D'habitude ce genre de chose ne lui arrivait jamais, d'ordinaire elle avait une chance isolante. Maintenant ses bottes en daim qui lui avaient coutées la peau des fesses étaient foutues. Et le fait que, depuis ce matin, elle collectionnait les gaffes lui donnait des frissons : c'était généralement signe de bouleversements à venir. En même temps elle se disait que ça pourrait être pire : elle avait faillit opter pour les escarpins ce matin !
Naturellement, elle qui préférait faire profil bas, cette fois-ci c'était loupé. Mais bon quitte à s'afficher, autant le faire avec classe ! Elle redressa donc les épaules, passa sa main dans ses longs cheveux bruns aux reflets cuivrés et reparti d'un bon pas vers l'immeuble où elle travaillait. Tout semblait revenu dans l'ordre, mais le fin voile de dignité qu'elle avait réussit à draper sur ses épaules se déchira quand elle heurta de plein fouet un homme. Sous le choc elle perdit l'équilibre et se serait retrouvé par terre si celui-ci ne lui avait pas attrapé le bras. Ce dernier en profita pour la plaquer contre lui plus longtemps que nécessaire...
« Eh ! mais ça ne va pas de vous arrêter au milieu d'une zone passante comme ça ? Vous voulez ma mort où quoi ? Et puis lâchez moi espèce de ...
- Ola ! Attention à ce que vous allez dire, la vulgarité ne sied pas aux femmes. Et pour répondre à votre question : je ne souhaite pas votre mort, au contraire... D'ailleurs je m'en voudrais si quoi que ce soit devait arriver à une si belle panthère... malgré ses griffes acérés ! »
Zorah – car tel est le nom de notre amie – recula d'un pas, regarda l'inconnu bien en face et en resta bouche bée. La remarque cinglante qu'elle comptait lui jeter au visage lui restait dans la gorge. Comment diable avait-elle réussit l'exploit de ne pas le voir avant de lui rentrer dedans ?
En effet, celui à qui appartenait cette voix grave et chaude devait mesurer au moins 1,90m. C'est sure, elle faisait office de pin's avec ses 1,55m auprès d'un tel engin ! Très brun, doté de traits harmonieux et virils. Cet homme se détachait du lot des autres badauds par son élégance naturelle et la noblesse de son profil. Lorsque Zorah lui répliqua de faire attention car les griffes d'une panthère n'étaient pas là que pour la déco, ses lèvres pleines s'étirèrent en un sourire énigmatique. Elle senti alors le rouge lui monter aux joues et, ne sachant pas trop quoi dire de plus, tourna précipitamment les talons.
Plus vite elle s'éloignerait de ce type, mieux ça sera. Soudain, elle l'entendit crier quelque chose juste avant de glisser sur une autre plaque de verglas : qu'est ce que ça pouvait être traite ces truc là ! Elle réussit de justesse à se rattraper à un lampadaire et s'empourpra de plus belle en entendant un rire roque dont elle n'ignorait pas l'origine. Vraiment il ne manquait plus qu'une superbe chute devant ce connard pour tout arranger !
Zorah retint les lambeaux d'amour propre qui menaçaient de s'envoler dans le vent et entra dans le hall du prestigieux immeuble. Elle commençait cette journée du mauvais pied, au sens propre comme au figuré. Rien qu'en pensant à ce que lui réservait le reste de la journée elle était à deux doigts de tourner de l'½il. De toute façon elle n'avait pas le choix, elle devait afficher le sourire de celle qui était professionnelle et sur d'elle devant son patron. Ce matin il y avait une réunion où sont avenir au sein de l'entreprise serait jouer.